Au travers de son œuvre littéraire et de sa vie, Pablo Neruda m’apparaît comme un témoin privilégié du vingtième siècle. Sa voix profonde, qui s’enracine dans les forêts australes du Chili, sa voix généreuse de poète voyageur, amoureuse et tendre, est aussi celle d’un homme insoumis. C’est la voix d’un homme libre qui, armé de sa parole, a combattu les dictatures et défendu les droits des peuples à l’autodétermination. Aux côtés de ses amis poètes espagnols dans les heures sombres de la guerre d’Espagne. Auprès de Salvador Allende et du peuple chilien dans leur combat pour une démocratie populaire.
Jusqu’à sa mort, trois jours après le putsch militaire de Pinochet, le 14 septembre 1973, poésie et politique coexistent dans sa création, dans sa vie, comme deux mains intimement solidaires.
C’est la voix d’un homme dont la relation à la Terre, aux plantes, au vivant, au minéral, est très charnelle.
Dans les Vers du Capitaine, recueil paru en 1952, Pablo Neruda nous conte avec passion et colère, ses révoltes politiques et son amour pour Mathilde Urrutia, chilienne du Sud.
La liberté de la poésie dans ce recueil ainsi que la musicalité naturelle des vers, ont constitué un matériau sonore passionnant à modeler, une terre glaise à façonner. La palette d’émotions et d’images poétiques présentes dans cette œuvre constitue une gamme de couleurs à décliner musicalement. Des blessures intimes du poète dans El amor en passant à son combat politique dans El amor del Soldado.
La rencontre avec la voix et l’œuvre d’un grand poète est parfois le fruit d’un mystérieux hasard providentiel, à l’image de ma rencontre avec la chanteuse Sarah Floch, dont la voix m’émeut par sa tendre révolte et l’expression de sa sincérité.
Yann Simon
